Saban et la Gravure

 
 Qu'est ce que la gravure?

Graver consiste à dessiner sur un objet (métal, bois, pierre, etc..) en creusant, ou en incisant sa surface. Dans la plupart des cas, l’image est ensuite transposée, après encrage, sur un support tel le papier. Le procédé de gravure utilisé par Jean David Saban est une « gravure en creux », appelée aussi « taille-douce », sur plaque de cuivre. Le cuivre peut être gravée directement à l’aide d’un outil (burin, pointe sèche…) et indirectement (eau-forte, aquatinte, vernis mou, etc) à l’aide d’acides. Une fois la plaque incisée, on l’encre au tampon en insistant dans les tailles. Le tirage se fait avec une presse à bras sur papier humide : sous la pression, le papier pénètre dans les tailles et y prend l’encre.

Une « série » limitée est alors possible, chaque épreuve étant numérotée en fonction de son ordre de tirage, 1/50, 2/50 etc… Le tirage est manuel, et chaque épreuve est unique.

 


 
 Jean David Saban «Le secret de la gravure »

Pour comprendre, il faudrait au moins une fois avoir pénétré dans l’atmosphère unique  d’un atelier de gravure : respirer les envoûtants parfums des vernis et des encres.  Observer les mystérieuses et imposantes presses qu’utilisent les graveurs. Une fois au  moins il faudrait caresser une plaque de cuivre gravée et regarder une épreuve à la  loupe ou au compte-fil.

Pour aborder ce monde où la variété des blancs, la gamme des  gris, la pluralité des noirs, sont de la couleur, il faut une attention particulière. Etre attiré par la gravure, c’est aussi  la tentation de lever un peu le voile, d’en savoir davantage…comme si avoir plus d’information sur la complexité et l’alchimie du métier permettait d’éclairer le mystère d’une création artistique.     

Pourtant, très rapidement l’amateur apprend à « lire » une estampe, à retrouver les pistes et les sentiers qu’a emprunté l’artiste dan l’élaboration de sa gravure ; le mélange des techniques qui compliquent et enrichissent l’œuvre. Ici, il devinera, à peine visible par en dessous, la trace presque imperceptible d’une aquatinte. Ailleurs, il retrouvera dans le velours inouï des noirs l’attaque directe d’un burin ou de la pointe sèche et la trace caractéristique des barbes de cuivre sur lesquelles l’encre va s’accrocher.

Car la gravure est l’art de la transparence. A quoi la comparer. A des strates, des trames de dentelles ou de résilles superposées. L’idée et d’aller toujours plus loin, vers une estampe de plus en plus complexe, dense , riche, tout en laissant avec délicatesse deviner le travail antérieur par transparence. Certains peintres travaillent parfois de la sorte. En effet, un peintre de chevalet peut chaque jour transformer radicalement son tableau en recouvrant le travail de la veille. Cependant, à moins de photographier son œuvre après chaque séance le peintre n’aura qu’un vague souvenir du tableau de départ. Le graveur, lui, peut, après chaque intervention sur sa plaque, imprimer un tirage d’essai et (épreuve d’état) et le comparer à celui de la veille. Ici apparaît la spécificité de la gravure : les épreuves d’essai ou d’état, à la fois un avantage et… une malédiction, car cela ouvre la porte du doute à l’infini.

Sur la plus modeste de mes gravures, huit, dix épreuves d’état ont toujours été nécessaires avant d’arrêter l’achèvement de l’œuvre. Cela signifie une multitude de métamorphoses, avec des transformations parfois légères, parfois terribles, des remaniements incroyables. Cette avancée souterraine, dans la lenteur, sur un rythme du temps, entre méditation et doute, est un des secrets de la gravure.

Avec les années passées en gravure, je vais aujourd’hui vers une conception de plus en plus libre de la pratique, vers plus de légèreté, de fluidité, parfois de fulgurance. Une influence certaine de la peinture.

Il est important de préserver un esprit frais, ne pas non plus oublier « l’esprit du débutant » dont parlent les maîtres zen. Cheminer avec souplesse, vers une sorte de travail sans travail, de technique au delà de la technique, en acceptant avec la même bienveillance la réussite ou l’échec. La gravure est pour moi comme la marche pour les pèlerins de Compostelle :

Oublions le but… l’essentiel c’est le chemin lui-même.

Jean David Saban


 
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